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Lydia Rump : faire apparaître la matière

Chez Lydia Rump, la matière précède souvent la forme. Son travail s’est construit au fil des années avec ce qu’elle avait à portée de main : papier, carton, fil, tissu… Des matériaux simples, parfois collectés, qui lui permettent d’expérimenter, de construire des volumes et de faire émerger des formes. Formée au design de mode, Lydia Rump avait d’abord choisi cet univers pour ce qu’il représentait pour elle : une forme de liberté, d’émancipation, la possibilité de sortir de son environnement et de découvrir un ailleurs qui faisait rêver. Le textile était alors lié à cet imaginaire de la mode. Il est devenu peu à peu autre chose : un matériau de recherche, débarrassé de sa fonction première.

Après ses études, le papier a longtemps occupé une place centrale dans son travail. Elle le récupère, le transforme, le coud. La machine à coudre devient un outil de création à part entière et le textile revient progressivement, par le geste, dans son univers. Cette manière de travailler est fondée sur une certaine économie de moyens. Lydia Rump ne cherche pas nécessairement la matière idéale : elle regarde ce qui est là, ce qui est disponible, parfois délaissé, et cherche à comprendre ce que cela peut devenir.

C’est sans doute aussi ce qui rend sa rencontre avec la laine française particulièrement intéressante. La laine qu’elle utilise n’est pas produite pour devenir une matière artistique. Elle est d’abord le coproduit d’un élevage, issu d’animaux élevés pour leur lait ou leur viande. Elle existe donc en quelque sorte en marge de la production principale, avec une valeur qui reste fragile et qui dépend largement de la capacité de la filière à la collecter, la trier, la transformer et lui trouver des usages. Le geste de Lydia Rump entre alors en résonance avec cette histoire. Comme elle le fait avec les matériaux qu’elle trouve autour d’elle, elle part d’une matière qui existe déjà. Son travail ne consiste pas à la fabriquer, mais à lui donner une nouvelle possibilité, une nouvelle valeur d’usage et de regard.

Elle est aujourd’hui particulièrement sensible au caractère originel de la laine : une matière naturelle, renouvelable, qui existe avant toute transformation et qui porte avec elle une histoire. Les laines françaises tracées proposées par Made in Town ajoutent une autre dimension à cette relation. Derrière le fil apparaissent un élevage, un territoire, des animaux, des savoir-faire et toute une chaîne de transformation. La matière conserve ainsi quelque chose de son origine tout en devenant, entre ses mains, autre chose.

Son travail récent de tufting prolonge cette exploration. Cette technique est venue après une période de broderie sur de très petits carnets, dans lesquels elle faisait apparaître des fragments d’écriture avec des fils récupérés de sa machine à coudre. Avec le tufting, elle change d’échelle. Le dessin quitte le carnet pour se déployer dans l’espace. Le geste devient plus ample et engage davantage le corps. La laine permet alors de dessiner directement avec la matière, en faisant naître simultanément une ligne, une surface et une texture. Il y a quelque chose de très physique dans cette nouvelle étape de son travail. Après avoir longtemps travaillé dans des formats réduits, Lydia Rump retrouve avec le tufting une autre relation à l’espace et à son propre corps.

Du matériau trouvé au matériau transformé, son travail raconte finalement une même chose : la possibilité de regarder autrement ce qui est déjà là. De considérer une matière non pour ce qu’elle était destinée à devenir, mais pour ce qu’elle pourrait encore devenir.

https://www.instagram.com/lydiarump