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Fabienne Castelain, des ruches et quelques histoires de miel

Début mai 2026, Fabienne Castelain est venue déposer huit ruches au Puech des Heures. De jeunes essaims, encore à leurs débuts, installés dans huit caisses de bois qui portent chacune un nom de fleur : Anémone, Lilas, Marguerite… Elle a choisi ces prénoms pour les abeilles, bien sûr, pour les fleurs dont elles vont butiner le nectar et le pollen. Mais pas seulement. Dans sa façon de les nommer, il y a aussi quelque chose de très féminin. Les fleurs, les abeilles, les femmes : chez Fabienne, les histoires se répondent souvent sans qu’elle cherche à les faire entrer dans une démonstration.

Fabienne est apicultrice à Fontrieu, dans le massif du Sidobre. Elle est arrivée du Nord au début des années 2000. « Je n’étais pas prédestinée à faire les abeilles », dit-elle. Et pourtant, aujourd’hui, elles occupent une place considérable dans sa vie.

Quand elle parle d’elles, elle parle de liberté. Une liberté un peu particulière, puisqu’on installe les ruches, qu’on les déplace parfois, qu’on récolte leur miel. « On les conditionne, mais moi je vois ça comme un échange, une réciprocité. On les aide et elles nous apportent. ». Elle insiste sur ce qu’elles perçoivent. Les abeilles ressentiraient intensément les vibrations d’un lieu, les choses que nous ne savons pas forcément entendre. Le ciel, la terre, l’endroit où l’on pose une ruche. Elle y est attentive. Avant même de parler de miel, il y a cette question de la relation.

Et puis il y a ce que cela lui fait à elle : « Quand je suis au milieu des ruches et des abeilles, j’oublie mes soucis. ». Elle parle de concentration, d’intériorité, d’une forme d’apithérapie. Être là, au milieu du bourdonnement, lui permet de se recentrer. Peut-être parce qu’avec les abeilles, il n’y a pas vraiment moyen de faire semblant d’être ailleurs. Elle aime aussi ce qu’elles rendent possible autour d’elles. « Leur rôle pollinisateur dans la nature permet d’avoir des légumes, des fruits… Moi, je suis gourmande de tout ça. » La phrase est très simple, mais elle lui ressemble : l’écologie passe aussi par le plaisir de manger une bonne mirabelle, une courgette, un fruit mûr.

Son souvenir de miel le plus fort vient d’ailleurs, de l’enfance. Elle se souvient de sa grand-mère Yvonne, qui l’emmenait de Lille à Strasbourg, dans la famille de son grand-père Aloïs Schoettel. Une ferme, des vignes, deux frères, Aloïs et Eugène, et leur sœur Thérèse, « tante Res », qui n’avait pas eu d’enfant. Elle se souvient de cette maison, des marches de l’escalier où elle jouait, des mirabelles que l’on cueillait, de cette abondance alsacienne et de cette famille chaleureuse. Et surtout d’un bol de lait chaud dans lequel tante Res ajoutait une grosse cuillère de miel de sapin. Un miel au goût très particulier. C’est peut-être cela, finalement, son premier souvenir d’apiculture : pas une ruche, pas une abeille, mais une cuillère de miel qui fond dans du lait chaud.

Aujourd’hui, Fabienne ne se contente pas de récolter du miel. Elle fabrique tout un petit monde autour des abeilles : confitures, sirops de coquelicot, spéculoos, cookies, pains d’épice, crêpes à la farine de blé ancien, caramiel, bougies, baume de l’apicultrice, propolis, savonnettes… Elle aime transformer, essayer, faire avec ce qu’elle a.

Elle a même imaginé sa miellerie comme une série de grandes alvéoles, construites par son fils ingénieur. La transmission est au cœur de son activité. Elle intervient auprès des enfants mais aussi des adultes, des seniors, de personnes en situation de handicap. Elle raconte notamment ces ateliers où les enfants construisent des alvéoles avec des jeux de construction en bois. Chacun fabrique d’abord la sienne, à sa manière. Puis vient le moment de mettre toutes les pièces ensemble. Une alvéole seule. Puis une autre. Puis une autre encore… Elle y voit une manière très concrète de parler de l’intelligence collective. Une intelligence que, dit-elle, « nous, les humains, nous avons parfois du mal à avoir ».

Les ateliers se terminent volontiers autour de crêpes et de miel. Chez Fabienne, apprendre et partager un goûter ne sont jamais très éloignés. Elle est d’ailleurs engagée dans quantité de réseaux : associations de producteurs et d’artisans, marchés de plein vent, marché bio de Castres le jeudi après-midi, toute l’année. Elle aime les endroits où les gens se rencontrent, où les produits circulent de main en main, où l’on peut parler autant de ce que l’on fabrique que de la manière dont on vit.

Cette attention aux autres prend aussi une forme très féminine dans son parcours. Elle participe au groupe »Paysannes81″,à des cercles de paroles de femmes rurales, à ces moments où les femmes qui travaillent dans l’agriculture parlent entre elles du métier, du corps, de la fatigue, du bien-être, de ce qu’il faut parfois réparer ou protéger.

Fabienne construit beaucoup. Elle a retapé sa maison. Elle imagine maintenant un gîte où pourraient venir se poser des mamans, des paysannes, des femmes qui auraient besoin de souffler, de se reconstruire. Le projet reste à inventer, à monter presque de zéro, probablement sous une forme associative. Cela lui ressemble aussi. Construire une maison. Construire une alvéole. Construire un collectif. Construire un endroit où quelqu’un pourra reprendre des forces.

Et puis, chaque matin, elle fait les cinq Tibétains!Elle parle de discipline, puis se reprend : plutôt un rituel. Quelque chose qu’elle fait parce qu’elle aime ça, parce que cela maintient son corpsen forme. Il y a chez elle beaucoup de ces gestesanodins maisqui finissent par fabriquer une vie. Les abeilles, elles aussi, répètent les leurs.

Au Puech des Heures, les huit ruches ont passé tout l’été. Les essaims sont jeunes. Il faudra attendre, observer, laisser faire. Les fleurs vont changer, les saisons passeront, les abeilles feront leur travail.Iris, Capucine, Marguerite et les cinq autres ont désormais leur place dans le paysage. Fabienne reviendra les voir. Et peut-être qu’un jour, autour d’une tartine de miel, quelqu’un gardera à son tour le souvenir de ces ruches.

Vous pouvez contacter « Fabeille » par mail : fabee5981@orange.fr